<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><!DOCTYPE article PUBLIC "-//NLM//DTD JATS (Z39.96) Journal Publishing DTD v1.3 20210610//EN" "https://jats.nlm.nih.gov/publishing/1.3/JATS-journalpublishing1-3.dtd"><article xml:lang="fr" dtd-version="1.3" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink" xmlns:ali="http://www.niso.org/schemas/ali/1.0/" article-type="research-article"><front><journal-meta><journal-id journal-id-type="issn">2607-9917</journal-id><journal-title-group><journal-title>Bulletin de la Dialyse à Domicile</journal-title><abbrev-journal-title>Bull Dial Domic</abbrev-journal-title></journal-title-group><issn pub-type="epub">2607-9917</issn><publisher><publisher-name>RDPLF</publisher-name><publisher-loc>France</publisher-loc></publisher></journal-meta><article-meta><article-id pub-id-type="doi">10.25796/bdd.v9i3.87121</article-id><article-categories><subj-group><subject>insuffisance cardiaque</subject><subj-group><subject>dialyse péritonéale</subject></subj-group></subj-group></article-categories><title-group><article-title>La dialyse péritonéale dans l'insuffisance cardiaque réfractaire : revue de la littérature et retour d'expérience du Centre Hospitalier de Carcassonne</article-title></title-group><contrib-group><contrib contrib-type="author"><contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0009-0006-8287-866X</contrib-id><name><surname>Guenifi</surname><given-names>Ismahane</given-names></name><address><country>France</country></address><xref ref-type="aff" rid="AFF-1"></xref></contrib><contrib contrib-type="author"><contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0009-0003-5396-6861</contrib-id><name><surname>Franch</surname><given-names>Nathalie</given-names></name><address><country>France</country></address><xref ref-type="aff" rid="AFF-1"></xref></contrib><contrib contrib-type="author"><contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0009-0004-8426-7438</contrib-id><name><surname>Cornu</surname><given-names>Virginie</given-names></name><address><country>France</country></address><xref ref-type="aff" rid="AFF-1"></xref></contrib><contrib contrib-type="author"><name><surname>Amirou</surname><given-names>Mustapha</given-names></name><address><country>France</country></address><xref ref-type="aff" rid="AFF-1"></xref></contrib><contrib contrib-type="author"><contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0009-0004-4107-6287</contrib-id><name><surname>Benabid</surname><given-names>Zaid</given-names></name><address><country>France</country></address><xref ref-type="aff" rid="AFF-1"></xref></contrib></contrib-group><contrib-group><contrib contrib-type="editor"><name><surname>Verger</surname><given-names>Christian</given-names></name><address><country>France</country></address><xref ref-type="aff" rid="EDITOR-AFF-1"></xref></contrib></contrib-group><aff id="AFF-1">Service de Néphrologie Hémodialyse, CHG A Gayraud, Carcassonne (France)</aff><aff id="EDITOR-AFF-1"><institution-wrap><institution>RDPLF</institution><institution-id institution-id-type="ror">https://ror.org/01vrww868</institution-id></institution-wrap><country country="fr">France</country></aff><pub-date publication-format="electronic" date-type="pub" iso-8601-date="2026-9-14"><day>14</day><month>9</month><year>2026</year></pub-date><pub-date date-type="collection" iso-8601-date="2026-9-14" publication-format="electronic"><day>14</day><month>9</month><year>2026</year></pub-date><volume>9</volume><issue>3</issue><issue-title>Bulletin de la Dialyse à Domicile 2026</issue-title><fpage>135</fpage><lpage>147</lpage><history><date date-type="received" iso-8601-date="2026-8-13"><day>13</day><month>8</month><year>2026</year></date><date date-type="rev-recd" iso-8601-date="2026-8-25"><day>25</day><month>8</month><year>2026</year></date><date date-type="accepted" iso-8601-date="2026-8-30"><day>30</day><month>8</month><year>2026</year></date></history><permissions><copyright-statement>© Ismahane Guenifi 2026</copyright-statement><copyright-year>2026</copyright-year><copyright-holder>Ismahane Guenifi</copyright-holder><license license-type="open-access" xlink:href="https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/"><ali:license_ref xmlns:ali="http://www.niso.org/schemas/ali/1.0/">https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/</ali:license_ref><license-p>Ce travail est disponible sous la licence  Creative Commons Attribution 4.0 International .</license-p></license></permissions><self-uri xlink:href="https://bdd.rdplf.org/index.php/bdd/article/view/87121" xlink:title="La dialyse péritonéale dans l&#39;insuffisance cardiaque réfractaire : revue de la littérature et retour d&#39;expérience du Centre Hospitalier de Carcassonne">La dialyse péritonéale dans l'insuffisance cardiaque réfractaire : revue de la littérature et retour d'expérience du Centre Hospitalier de Carcassonne</self-uri><abstract><p><bold>Introduction</bold>L’insuffisance cardiaque réfractaire, notamment lorsqu’elle est associée à une insuffisance rénale chronique, constitue un défi thérapeutique majeur. Dans ce contexte, la dialyse péritonéale représente une option thérapeutique permettant une ultrafiltration progressive et continue, susceptible d’améliorer le contrôle de la congestion et de réduire les hospitalisations liées aux épisodes de décompensation cardiaque.</p><p><bold>Objectif</bold>Faire le point sur les données de la littérature concernant la place de la dialyse péritonéale dans la prise en charge de l’insuffisance cardiaque réfractaire et présenter l’expérience du Centre Hospitalier de Carcassonne.</p><p><bold>Méthodes</bold>Nous avons réalisé une revue narrative de la littérature, complétée par une étude rétrospective, descriptive et monocentrique incluant onze patients pris en charge par dialyse péritonéale entre septembre 2021 et septembre 2024 pour une insuffisance cardiaque réfractaire associée à une insuffisance rénale chronique.</p><p><bold>Résultats</bold>L’âge moyen des patients était de 77 ans. Tous présentaient une insuffisance cardiaque avancée (NYHA III–IV) associée à une insuffisance rénale chronique de stade 4. Au cours d’un suivi moyen de 15 mois, une amélioration des signes congestifs et/ou du statut fonctionnel NYHA a été observée chez neuf patients. Deux patients ont présenté un épisode d’hospitalisation pour décompensation cardiaque après l’instauration de la dialyse péritonéale. Les principales complications observées étaient les péritonites (n = 3), les fuites pariétales (n = 2), les saignements (n = 2) et les pertes d’ultrafiltration (n = 2). Sept patients sont décédés au cours du suivi, sans décès directement imputable à la dialyse péritonéale. Notre équipe a développé une stratégie thérapeutique graduée reposant sur l’adaptation progressive des modalités de dialyse péritonéale et, lorsque nécessaire, sur le recours à une dialyse bimodale ou à une stratégie hybride.</p><p><bold>Conclusion</bold>La dialyse péritonéale constitue une option thérapeutique envisageable chez des patients soigneusement sélectionnés présentant une insuffisance cardiaque réfractaire associée à une insuffisance rénale chronique avancée. Notre expérience souligne la faisabilité de cette approche et l’intérêt d’une prise en charge multidisciplinaire reposant sur une adaptation progressive de la stratégie thérapeutique.</p></abstract><kwd-group><kwd>dialyse peritoneale</kwd><kwd>insuffisance cardiaque refractaire</kwd><kwd>syndrome cardio renal</kwd><kwd>ultrafiltration</kwd><kwd>dialyse bimodale</kwd></kwd-group><custom-meta-group><custom-meta><meta-name>File created by JATS Editor</meta-name><meta-value><ext-link ext-link-type="uri" xlink:href="https://jatseditor.com" xlink:title="JATS Editor">JATS Editor</ext-link></meta-value></custom-meta><custom-meta><meta-name>issue-created-year</meta-name><meta-value>2026</meta-value></custom-meta></custom-meta-group></article-meta></front><body><sec><title>Introduction</title><p>L’insuffisance cardiaque (IC) constitue un problème majeur de santé publique en raison de sa prévalence croissante, du vieillissement de la population et de son importante morbi-mortalité. Malgré les progrès thérapeutiques récents et l’optimisation du traitement médical, une proportion de patients évolue vers une insuffisance cardiaque avancée ou réfractaire, caractérisée par la persistance de symptômes sévères, d’une congestion chronique et d’hospitalisations répétées <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-1"><sup>1</sup></xref>.</p><p>L’association d’une insuffisance cardiaque et d’une insuffisance rénale chronique est fréquente et s’inscrit dans le cadre du syndrome cardio-rénal. Les interactions bidirectionnelles entre dysfonction cardiaque et rénale favorisent la rétention hydrosodée et la congestion, tandis que l’altération de la fonction rénale peut limiter l’optimisation de certains traitements de l’insuffisance cardiaque et contribuer à la résistance aux diurétiques <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-2"><sup>2</sup></xref><xref rid="BIBR-3" ref-type="bibr"><sup>3</sup></xref>. La persistance de la congestion constitue ainsi un déterminant majeur des décompensations et des réhospitalisations chez ces patients.</p><p>Lorsque la congestion persiste malgré un traitement médical optimisé, le recours à une stratégie d’ultrafiltration peut être envisagé chez des patients sélectionnés. Dans ce contexte, la dialyse péritonéale (DP) présente plusieurs avantages potentiels : elle permet une ultrafiltration lente et progressive, avec un faible retentissement hémodynamique, et peut être réalisée à domicile. Les études disponibles rapportent principalement une amélioration du statut fonctionnel et du contrôle de la congestion ainsi qu’une réduction des hospitalisations pour insuffisance cardiaque, tandis que son effet sur la survie reste moins clairement établi <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-4"><sup>4</sup></xref>.</p><p>L’objectif de cet article est de présenter le retour d’expérience du Centre Hospitalier de Carcassonne concernant l’utilisation de la dialyse péritonéale dans l’insuffisance cardiaque réfractaire, en replaçant nos observations dans le contexte des principales données publiées. Nous décrivons également la stratégie thérapeutique graduée développée au sein de notre équipe, fondée sur une adaptation progressive des modalités de dialyse péritonéale en fonction de l’évolution clinique et de la fonction rénale.</p><p>Patients et méthodes</p><p>Nous avons réalisé une étude rétrospective, descriptive et monocentrique incluant l’ensemble des patients pris en charge par dialyse péritonéale pour une insuffisance cardiaque réfractaire au sein du service de Néphrologie du Centre Hospitalier de Carcassonne entre septembre 2021 et septembre 2024.</p><p>L’indication de dialyse péritonéale était retenue à l’issue d’une concertation multidisciplinaire associant néphrologues et cardiologues. Les patients présentaient une insuffisance cardiaque avancée et symptomatique malgré un traitement médical optimisé et adapté à leur tolérance, associée à des épisodes de congestion récurrents et à une insuffisance rénale chronique avancée.</p><p>Les données démographiques, cardiovasculaires et néphrologiques ont été recueillies rétrospectivement à partir des dossiers médicaux. Les paramètres étudiés comprenaient notamment l’âge, le sexe, les comorbidités évaluées par le score de Charlson, la classe fonctionnelle NYHA, l’étiologie de la cardiopathie, la fraction d’éjection ventriculaire gauche, la fonction rénale, la diurèse résiduelle, les valeurs disponibles de NT-proBNP ainsi que les traitements cardiologiques à l’inclusion.</p><p>Les modalités de dialyse péritonéale et leurs adaptations au cours du suivi ont également été recueillies. L’évaluation de l’évolution clinique reposait sur le contrôle de la congestion, l’évolution de la classe fonctionnelle NYHA, la survenue d’hospitalisations pour décompensation cardiaque, l’évolution de la fonction rénale, les complications liées à la dialyse péritonéale ainsi que le devenir des patients au terme du suivi.</p></sec><sec><title>Résultats</title><sec><title>Caractéristiques de la population</title><p>Au total, onze patients ont été inclus. L’âge moyen était de 77 ans (extrêmes : 58–93 ans), avec une prédominance masculine : sept hommes (63,6 %) et quatre femmes (36,4 %). La charge de comorbidités était importante, avec un score de Charlson moyen de 8.</p><p>Tous les patients présentaient une insuffisance cardiaque avancée, de classe fonctionnelle NYHA III ou IV, associée à une insuffisance rénale chronique de stade 4. À l’instauration de la dialyse péritonéale, le débit de filtration glomérulaire était compris entre 20 et 25 mL/min/1,73 m².</p><p>Les principales caractéristiques démographiques et cliniques de la population sont présentées dans le <xref ref-type="table" rid="table-wmtkm8">Tableau 1</xref></p><table-wrap id="table-wmtkm8" ignoredToc=""><label>Tableau I. </label><caption><p>Caractéristiques démographiques et cliniques de la population étudiée</p></caption><table frame="box" rules="all"><thead><tr><th align="left" colspan="1" valign="top"><bold>Caracteristique</bold></th><th align="center" colspan="1" valign="top"><bold>Valeur</bold></th></tr></thead><tbody><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Nombre de patients</td><td valign="top" align="center" colspan="1">11</td></tr><tr><td colspan="1" valign="top" align="left">Âge moyen, ans (extrêmes)</td><td valign="top" align="center" colspan="1">77 (58–93)</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Hommes, n (%)</td><td align="center" colspan="1" valign="top">7 (63,6 %)</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Femmes, n (%)</td><td valign="top" align="center" colspan="1">4 (36,4 %)</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Score de Charlson moyen</td><td align="center" colspan="1" valign="top">8</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Classe NYHA</td><td valign="top" align="center" colspan="1">III–IV</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">IRC</td><td align="center" colspan="1" valign="top">Stade 4</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">DFG, mL/min/1,73 m²</td><td align="center" colspan="1" valign="top">20–25</td></tr></tbody></table></table-wrap></sec><sec><title>Caractéristiques cardiovasculaires et traitements à l’inclusion</title><p>La cohorte présentait un profil cardiovasculaire sévère. Les principales étiologies de l’insuffisance cardiaque étaient les cardiopathies ischémiques (n = 5), hypertensives (n = 3) et les amyloses cardiaques (n = 2), tandis qu’un patient présentait une cardiopathie valvulaire. Une fibrillation atriale était présente chez neuf patients et une cardiomyopathie dilatée chez trois patients.</p><p>Parmi les dix patients disposant d’une échocardiographie exploitable, six présentaient une fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) altérée et quatre une FEVG préservée.</p><table-wrap id="table-aq7upm" ignoredToc=""><label>Tableau II. </label><caption><p>Caractéristiques cardiovasculaires de la cohorte</p></caption><table frame="box" rules="all"><thead><tr><th align="left" colspan="1" valign="top"><bold>Caractéristique</bold></th><th align="center" colspan="1" valign="top"><bold>n</bold></th></tr></thead><tbody><tr><td colspan="1" valign="top" align="left">Cardiopathie ischémique</td><td align="center" colspan="1" valign="top">5</td></tr><tr><td colspan="1" valign="top" align="left">Cardiopathie hypertensive</td><td align="center" colspan="1" valign="top">3</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Amylose cardiaque</td><td valign="top" align="center" colspan="1">2</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Cardiopathie valvulaire</td><td align="center" colspan="1" valign="top">1</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Fibrillation atriale</td><td valign="top" align="center" colspan="1">9</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Cardiomyopathie dilatée</td><td align="center" colspan="1" valign="top">3</td></tr><tr><td colspan="1" valign="top" align="left">FEVG préservée</td><td valign="top" align="center" colspan="1">4</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">FEVG altérée</td><td align="center" colspan="1" valign="top">6</td></tr></tbody></table></table-wrap><p>*FEVG disponible et exploitable chez 10 patients.</p><p>Concernant le traitement médical de l’insuffisance cardiaque à l’inclusion (<xref ref-type="table" rid="table-n4034k">Tableau III</xref>), tous les patients recevaient un diurétique de l’anse et neuf patients recevaient un bêtabloquant. Trois patients étaient traités par un inhibiteur de l’enzyme de conversion ou un antagoniste des récepteurs de l’angiotensine II (IEC/ARA2), six par un antagoniste des récepteurs des minéralocorticoïdes et deux par un inhibiteur du cotransporteur sodium-glucose de type 2 (iSGLT2).</p><table-wrap id="table-n4034k" ignoredToc=""><label>Tableau III. </label><caption><p>Traitement médical à l’inclusion</p></caption><table frame="box" rules="all"><thead><tr><th valign="top" align="left" colspan="1"><bold>Traitement</bold></th><th align="center" colspan="1" valign="top"><bold>n (%)</bold></th></tr></thead><tbody><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Diurétiques de l'anse</td><td valign="top" align="center" colspan="1">11 (100)</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Bêtabloquants</td><td colspan="1" valign="top" align="center">9 (81,8)</td></tr><tr><td colspan="1" valign="top" align="left">IEC/ARA2</td><td align="center" colspan="1" valign="top">3 (27,3)</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes</td><td valign="top" align="center" colspan="1">6 (54,5)</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">iSGLT2</td><td valign="top" align="center" colspan="1">2 (18,2)</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Hydrochlorothiazide</td><td align="center" colspan="1" valign="top">3 (27,3)</td></tr></tbody></table></table-wrap></sec><sec><title>Modalités de la dialyse péritonéale</title><p>Les modalités de dialyse péritonéale étaient individualisées en fonction du degré de congestion, de la fonction rénale résiduelle et de l’évolution clinique.</p><p>La majorité des patients a été prise en charge initialement par dialyse péritonéale continue ambulatoire (DPCA), selon un schéma reposant sur un échange quotidien avec une poche d’icodextrine (Extraneal®) laissée en stase pendant douze heures. En cas de persistance d’une surcharge hydrosodée, la prescription pouvait être intensifiée par l’ajout d’une poche de solution glucosée hypertonique afin d’augmenter l’ultrafiltration.</p><p>Lorsque le contrôle volémique demeurait insuffisant, une stratégie bimodale de dialyse péritonéale pouvait être mise en œuvre ponctuellement, pendant quelques jours, dans l’hôpital de jour de notre service. Sa réalisation à domicile était limitée par l’absence de formation spécifique des infirmiers libéraux à cette modalité.</p><p>La dialyse péritonéale automatisée (DPA), associant des stases courtes de 30 à 45 minutes avec une solution hypertonique afin de favoriser l’ultrafiltration et une stase longue à l’icodextrine, a été utilisée chez deux patients.</p><p>Enfin, un patient a bénéficié d’une stratégie de dialyse hybride associant la dialyse péritonéale à une séance hebdomadaire d’hémodialyse.</p></sec><sec><title>Complications</title><p>Au cours du suivi, plusieurs complications liées à la dialyse péritonéale ont été observées. Trois patients ont présenté un épisode de péritonite. Deux patients ont développé une fuite pariétale et deux ont présenté un épisode hémorragique. Une perte d’efficacité de l’ultrafiltration a été observée chez deux patients, conduisant à une adaptation de la prescription de dialyse péritonéale. Enfin, une hernie inguinale est survenue chez un patient. Les complications observées au cours du suivi sont présentées dans le <xref ref-type="table" rid="table-uk75z5">Tableau IV</xref>.</p><table-wrap id="table-uk75z5" ignoredToc=""><label>Tableau IV.</label><caption><p>Complications observées au cours du suivi</p></caption><table frame="box" rules="all"><thead><tr><th valign="top" align="left" colspan="1"><bold>Complication</bold></th><th align="center" colspan="1" valign="top"><bold>Nombre de patients</bold></th></tr></thead><tbody><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Péritonite</td><td colspan="1" valign="top" align="center">3</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Fuite pariétale</td><td valign="top" align="center" colspan="1">2</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Saignement</td><td valign="top" align="center" colspan="1">2</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Perte d’ultrafiltration</td><td valign="top" align="center" colspan="1">2</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Hernie inguinale</td><td valign="top" align="center" colspan="1">1</td></tr></tbody></table></table-wrap></sec><sec><title>Évolution clinique et devenir des patients</title><p>Au cours d’un suivi moyen de 15 mois (extrêmes : 1–36 mois), une amélioration des signes congestifs et/ou de la classe fonctionnelle NYHA a été observée chez neuf patients. Deux patients ont présenté un épisode d’hospitalisation pour décompensation cardiaque après l’instauration de la dialyse péritonéale.</p><p>Au terme du suivi sous dialyse péritonéale, le DFG était compris entre 10 et 20 mL/min/1,73 m² chez la majorité des patients. Deux patients ont présenté une dégradation plus marquée, avec un DFG atteignant 8 mL/min/1,73 m², nécessitant une intensification de la prescription à quatre échanges quotidiens. La diurèse résiduelle est restée conservée chez dix patients ; une patiente est devenue oligurique. Le NT-proBNP n’a fait l’objet d’un suivi longitudinal que chez deux patients, avec une diminution nette chez tous les deux. Chez les autres patients, l’absence de contrôles répétés, notamment en raison d’une durée de suivi parfois courte, ne permettait pas d’analyser son évolution de façon fiable.</p><p>Au terme de la période d’observation, sept patients étaient décédés. Aucun décès n’a été considéré comme directement imputable à la dialyse péritonéale. Un patient a été transféré en hémodialyse et trois patients poursuivaient leur traitement par dialyse péritonéale continue ambulatoire à la fin du suivi. Les principaux éléments concernant l’évolution clinique et le devenir des patients sont présentés dans le <xref ref-type="table" rid="table-ad5i0e">Tableau V</xref>.</p><table-wrap id="table-ad5i0e" ignoredToc=""><label>Tableau V.</label><caption><p>Évolution clinique et devenir des patients au cours du suivi</p></caption><table frame="box" rules="all"><thead><tr><th valign="top" align="left" colspan="1"><bold>Paramètre</bold></th><th valign="top" align="center" colspan="1"><bold>Résultat</bold></th></tr></thead><tbody><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Durée moyenne de suivi</td><td valign="top" align="center" colspan="1">15 mois (1–36 mois)</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Hospitalisation pour décompensation cardiaque</td><td valign="top" align="center" colspan="1">2 patients (1 épisode chacun)</td></tr><tr><td colspan="1" valign="top" align="left">Amélioration des signes congestifs et/ou du statut NYHA</td><td valign="top" align="center" colspan="1">9 patients</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Aggravation de la fonction rénale</td><td align="center" colspan="1" valign="top">2 patients (DFG à 8 mL/min/1,73 m²)</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Intensification de la DP (4 échanges/jour)</td><td align="center" colspan="1" valign="top">2 patients</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Décès au cours du suivi</td><td valign="top" align="center" colspan="1">7 patients</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Transfert en hémodialyse</td><td valign="top" align="center" colspan="1">1 patient</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Patients toujours en DPCA à la fin du suivi</td><td valign="top" align="center" colspan="1">3 patients</td></tr><tr><td align="left" colspan="1" valign="top">Diurèse résiduelle conservée</td><td align="center" colspan="1" valign="top">10 patients</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Oligurie au cours du suivi</td><td valign="top" align="center" colspan="1">1 patiente</td></tr><tr><td valign="top" align="left" colspan="1">Suivi longitudinal du NT-proBNP</td><td align="center" colspan="1" valign="top">2 patients, avec diminution nette</td></tr></tbody></table></table-wrap></sec></sec><sec><title>Discussion</title><p>Notre expérience suggère que la dialyse péritonéale peut constituer une option thérapeutique chez des patients soigneusement sélectionnés présentant une insuffisance cardiaque réfractaire associée à une insuffisance rénale chronique avancée. La population étudiée était particulièrement fragile, avec un âge moyen de 77 ans, une importante charge de comorbidités (score de Charlson moyen de 8) et une insuffisance cardiaque avancée de classe NYHA III–IV.</p><p>Au cours d’un suivi moyen de 15 mois, neuf des onze patients ont présenté une amélioration des signes congestifs et/ou de leur statut fonctionnel NYHA et seuls deux patients ont été hospitalisés pour un épisode de décompensation cardiaque après l’instauration de la dialyse péritonéale. Ces résultats sont particulièrement intéressants dans une population caractérisée avant l’instauration de la technique par une congestion récurrente malgré un traitement médical optimisé. Ils doivent néanmoins être interprétés avec prudence en raison du caractère rétrospectif de l’étude, de son faible effectif et de l’absence de groupe contrôle.</p><p>Ces observations sont concordantes avec les données publiées concernant l’utilisation de la dialyse péritonéale dans l’insuffisance cardiaque réfractaire. Courivaud et al. ont rapporté une diminution importante du nombre de journées d’hospitalisation après l’instauration de la dialyse péritonéale <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-5"><sup>5</sup></xref>. Sánchez et al. ont également observé une amélioration clinique et une réduction des hospitalisations chez des patients présentant une insuffisance cardiaque congestive réfractaire <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-6"><sup>6</sup></xref>. Des résultats comparables ont été rapportés par Grossekettler et al., notamment concernant le statut fonctionnel et les hospitalisations <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-7"><sup>7</sup></xref>, tandis que Papasotiriou et al. ont montré une amélioration de la classe fonctionnelle NYHA après instauration de la dialyse péritonéale <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-8"><sup>8</sup></xref>.</p><p>L’ensemble de ces données suggère que le bénéfice potentiel de la dialyse péritonéale dans cette indication porte principalement sur le contrôle de la congestion, l’amélioration symptomatique et la réduction du recours à l’hospitalisation. En revanche, son effet sur la survie demeure incertain compte tenu du caractère essentiellement observationnel des études disponibles et de la grande fragilité des populations étudiées.</p><p>Dans notre cohorte, la fonction rénale s’est globalement dégradée au cours du suivi, avec un DFG passant d’un intervalle de 20–25 mL/min/1,73 m² à l’instauration de la DP à 10–20 mL/min/1,73 m² en fin de suivi chez la majorité des patients. Deux patients ont atteint un DFG de 8 mL/min/1,73 m² et ont nécessité quatre échanges quotidiens. Malgré cette évolution, la diurèse résiduelle est restée conservée chez dix patients. La diminution du NT-proBNP observée chez les deux seuls patients disposant d’un suivi longitudinal est concordante avec l’amélioration clinique, mais l’effectif est insuffisant pour en tirer une conclusion.</p><p>La faible proportion de patients traités par IEC/ARA2 ou iSGLT2 doit être interprétée dans le contexte de cette cohorte âgée, atteinte d’insuffisance rénale chronique avancée. Dans notre série, ces traitements avaient été interrompus par les cardiologues devant l’aggravation du DFG et la survenue d’épisodes d’hypotension artérielle.</p><sec><title>Rationnel physiopathologique et intérêt de la dialyse péritonéale</title><p>Le bénéfice potentiel de la dialyse péritonéale dans l’insuffisance cardiaque réfractaire repose principalement sur le contrôle de la congestion, élément central du syndrome cardio-rénal. Si la diminution du débit cardiaque et de la perfusion rénale a longtemps été considérée comme le principal mécanisme de l’altération de la fonction rénale au cours de l’insuffisance cardiaque, le rôle de la congestion veineuse rénale est aujourd’hui également reconnu. L’augmentation de la pression veineuse rénale contribue à une diminution du gradient de filtration glomérulaire, favorisant la rétention hydrosodée et entretenant ainsi le cercle vicieux entre dysfonction cardiaque, dysfonction rénale et congestion <xref rid="BIBR-9" ref-type="bibr"><sup>9</sup></xref><xref ref-type="bibr" rid="BIBR-10"><sup>10</sup></xref>.</p><p>La persistance de la congestion malgré l’augmentation des doses de diurétiques constitue une difficulté majeure chez les patients présentant une insuffisance cardiaque avancée. La résistance aux diurétiques résulte de mécanismes multiples, notamment d’altérations pharmacocinétiques et pharmacodynamiques et d’une augmentation compensatrice de la réabsorption tubulaire distale du sodium lors de l’exposition prolongée aux diurétiques de l’anse <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-11"><sup>11</sup></xref>. Lorsque les stratégies diurétiques optimisées ne permettent plus d’obtenir une décongestion satisfaisante, le recours à une stratégie d’ultrafiltration peut alors être envisagé chez des patients sélectionnés.</p><p>Dans ce contexte, la dialyse péritonéale présente plusieurs caractéristiques particulièrement adaptées aux patients atteints d’un syndrome cardio-rénal. Elle permet une ultrafiltration lente et progressive, avec un faible retentissement hémodynamique, et favorise une extraction hydrosodée régulière. L’utilisation de l’icodextrine au cours d’une stase prolongée permet notamment d’obtenir une ultrafiltration soutenue et une extraction sodée, ce qui explique son intérêt dans cette indication <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-4"><sup>4</sup></xref>. La possibilité d’adapter progressivement le nombre et la composition des échanges en fonction de la congestion et de la fonction rénale permet en outre une individualisation de la prescription.</p><p>Ces propriétés physiologiques constituent le rationnel de la stratégie utilisée dans notre cohorte, reposant initialement sur un échange quotidien prolongé d’icodextrine, puis sur une intensification progressive de la prescription lorsque le contrôle de la congestion devenait insuffisant.</p></sec><sec><title>Sélection des patients et organisation du parcours de soins</title><p>La sélection des patients susceptibles de bénéficier d’une dialyse péritonéale constitue une étape déterminante. Cette stratégie ne doit pas être envisagée de manière systématique chez tous les patients présentant une insuffisance cardiaque associée à une insuffisance rénale chronique, mais discutée au cas par cas dans le cadre d’une concertation multidisciplinaire.</p><p>Les patients présentant une insuffisance cardiaque avancée de classe NYHA III–IV malgré un traitement médical optimisé, des épisodes répétés de décompensation congestive, une résistance aux diurétiques ou un syndrome cardio-rénal avec persistance d’une surcharge hydrosodée constituent les principaux candidats potentiels à cette approche <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-4"><sup>4</sup></xref>.</p><p>Dans notre centre, cette réflexion a conduit à la mise en place d’un parcours de soins cardio–néphro–gériatrique permettant d’identifier les patients aussi bien en ambulatoire qu’au cours d’une hospitalisation. En ambulatoire, l’orientation vers ce parcours est notamment discutée chez les patients restant symptomatiques malgré un traitement médical optimisé et présentant des épisodes répétés de décompensation cardiaque. Chez les patients hospitalisés pour une insuffisance cardiaque réfractaire aux diurétiques, l’indication d’une stratégie d’ultrafiltration est discutée de manière multidisciplinaire.</p><p>Lorsque la situation clinique nécessite une décongestion rapide avant la mise en place effective de la dialyse péritonéale, une ultrafiltration extracorporelle temporaire peut être utilisée comme stratégie transitoire. L’objectif reste néanmoins, lorsque cela est possible, l’orientation vers une technique péritonéale permettant une prise en charge prolongée à domicile.</p><p>Ce parcours local est résumé dans la<xref ref-type="fig" rid="figure-kpub9n"> figure 1</xref>.</p><fig ignoredToc="" id="figure-kpub9n"><label>Figure 1. </label><caption><p>Parcours de soins cardio–néphro–gériatrique pour l’identification et l’orientation des patients présentant une insuffisance cardiaque réfractaire susceptibles de bénéficier d’une dialyse péritonéale.</p><p> </p></caption><graphic xlink:href="http://bdd.rdplf.org/index.php/bdd/article/download/87121/78253/185274" mime-subtype="png" mimetype="image"><alt-text>Image</alt-text></graphic></fig><p>Stratégie thérapeutique graduée</p><p>L’une des particularités de notre expérience réside dans la mise en place d’une stratégie thérapeutique graduée, visant à adapter l’intensité de la dialyse péritonéale à l’évolution de la congestion et de la fonction rénale, tout en privilégiant, lorsque cela est possible, le maintien d’un traitement à domicile.</p><p>Le traitement était initialement débuté par une dialyse péritonéale continue ambulatoire (DPCA) reposant sur un échange quotidien d’icodextrine (Extraneal®), avec une stase prolongée de douze heures. En l’absence de congestion persistante, cette prescription était poursuivie avec une réévaluation clinique régulière.</p><p>En cas de persistance de la congestion, la prescription pouvait être intensifiée par l’ajout d’une poche de solution glucosée hypertonique. En cas d’altération de la fonction rénale nécessitant une augmentation des besoins d’épuration et/ou d’ultrafiltration, le nombre d’échanges pouvait être porté à quatre par jour, avec adaptation des volumes et des solutions. Dans notre cohorte, cette intensification à quatre échanges quotidiens a été nécessaire chez deux patients.</p><p>En cas de contrôle volémique insuffisant, une stratégie bimodale de dialyse péritonéale pouvait être proposée. Cette approche associe, au sein de la prescription péritonéale, une solution cristalloïde glucosée et une solution colloïde d’icodextrine. Elle vise à optimiser le contrôle volémique en utilisant les profils complémentaires d’ultrafiltration des deux types de solutions, tout en limitant l’exposition au glucose <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-12"><sup>12</sup></xref>.</p><p>Enfin, lorsque la DPCA demeurait insuffisante malgré l’optimisation de la prescription, deux stratégies pouvaient être envisagées selon le profil du patient : le passage en dialyse péritonéale automatisée (DPA), avec une prescription individualisée associant des stases courtes avec une solution hypertonique et une stase longue à l’icodextrine, ou une stratégie de dialyse hybride associant la DPCA à une séance hebdomadaire d’hémodialyse. La DPA a été utilisée chez deux patients, sans amélioration supplémentaire de l’ultrafiltration comparativement au schéma antérieur de DPCA.</p><p>Cette approche graduée permet une adaptation individualisée du traitement selon l’évolution clinique, le contrôle de la congestion, la fonction rénale et la tolérance. Elle constitue une stratégie pragmatique développée au sein de notre centre et ne peut, en l’absence d’évaluation prospective, être considérée comme un protocole généralisable.</p><p>Cette stratégie thérapeutique est résumée dans la <xref ref-type="fig" rid="figure-7gbn31">figure 2</xref>.</p><fig id="figure-7gbn31" ignoredToc=""><label>Figure 2. </label><caption><p>Stratégie thérapeutique graduée de dialyse péritonéale utilisée au Centre Hospitalier de Carcassonne chez les patients présentant une insuffisance cardiaque réfractaire.</p><p> </p></caption><graphic mime-subtype="png" mimetype="image" xlink:href="http://bdd.rdplf.org/index.php/bdd/article/download/87121/78253/185275"><alt-text>Image</alt-text></graphic></fig></sec><sec><title>Tolérance et complications</title><p>La tolérance de la dialyse péritonéale constitue un élément important à prendre en compte dans cette population âgée et fortement comorbide. Dans notre cohorte, les principales complications observées étaient les péritonites (n = 3), les fuites pariétales (n = 2), les épisodes hémorragiques (n = 2), les pertes d’ultrafiltration (n = 2) et une hernie inguinale.</p><p>La péritonite reste l’une des principales complications infectieuses de la dialyse péritonéale. Dans les études consacrées à la DP chez les patients présentant une insuffisance cardiaque réfractaire, son incidence est variable. Une revue systématique portant sur 21 études et 673 patients rapportait une incidence moyenne de péritonite de 14,5 % par an <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-13"><sup>13</sup></xref>. Une méta-analyse plus récente souligne également l’hétérogénéité importante des taux rapportés selon les études <xref rid="BIBR-14" ref-type="bibr"><sup>14</sup></xref>. Ces données rendent difficile une comparaison directe avec notre série, d’autant que notre recueil ne permet pas d’exprimer l’incidence des péritonites en épisodes par patient-année.</p><p>Les recommandations de l’International Society for Peritoneal Dialysis (ISPD) soulignent l’importance d’un suivi standardisé des épisodes infectieux et recommandent notamment de surveiller le taux global de péritonite exprimé en épisodes par patient-année <xref ref-type="bibr" rid="BIBR-15"><sup>15</sup></xref>. Cette standardisation devra être intégrée dans l’évaluation prospective de notre parcours de soins.</p><p>Les complications mécaniques observées dans notre cohorte, notamment les fuites pariétales, les saignements et la hernie inguinale, sont des complications connues de la technique. Les pertes d’ultrafiltration observées chez deux patients ont conduit à une adaptation de la prescription. L’évaluation régulière de l’efficacité de l’ultrafiltration est particulièrement importante dans cette population, puisque l’objectif principal de la DP est précisément le maintien d’un contrôle volémique satisfaisant.</p><p>Malgré ces événements indésirables, aucun décès n’a été directement imputé à la dialyse péritonéale dans notre série. L’âge avancé, l’insuffisance cardiaque sévère, l’insuffisance rénale chronique et l’importante charge de comorbidités doivent être pris en compte dans l’interprétation du devenir de ces patients.</p></sec><sec><title>Limites et perspectives</title><p>Notre étude présente plusieurs limites. Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive et monocentrique portant sur un faible effectif de onze patients, sans groupe contrôle. Ces caractéristiques ne permettent pas d’établir de relation causale entre l’instauration de la dialyse péritonéale et les évolutions cliniques observées.</p><p>Par ailleurs, bien qu’un faible nombre d’hospitalisations pour décompensation cardiaque ait été observé après l’instauration de la dialyse péritonéale, nous ne disposons pas d’une comparaison standardisée du nombre de journées d’hospitalisation ou du taux d’hospitalisation avant et après le début de la technique. L’amélioration clinique reposait principalement sur l’évolution des signes congestifs et de la classe fonctionnelle NYHA, sans évaluation standardisée de la qualité de vie.</p><p>Le recueil rétrospectif ne permettait pas non plus d’évaluer l’ensemble des complications selon des indicateurs standardisés. En particulier, les épisodes de péritonite n’ont pas été exprimés en épisodes par patient-année, limitant la comparaison avec les données publiées et les recommandations internationales. De plus, la diurèse n’a pas été quantifiée de manière standardisée et le NT-proBNP n’a été contrôlé longitudinalement que chez deux patients ; ces données biologiques ne peuvent donc être interprétées qu’à titre descriptif.</p><p>La mortalité élevée observée au cours du suivi doit être interprétée dans le contexte d’une population particulièrement fragile, caractérisée par un âge avancé, une insuffisance cardiaque sévère, une insuffisance rénale chronique avancée et une importante charge de comorbidités. Aucun décès n’a été considéré comme directement imputable à la dialyse péritonéale.</p><p>Malgré ces limites, cette expérience monocentrique illustre la faisabilité d’une prise en charge structurée par dialyse péritonéale chez des patients présentant une insuffisance cardiaque réfractaire et un syndrome cardio-rénal. Elle a également conduit notre équipe à formaliser un parcours de soins cardio–néphro–gériatrique et une stratégie thérapeutique graduée permettant d’adapter les modalités d’ultrafiltration à l’évolution clinique et rénale des patients.</p><p>Une évaluation prospective de ce parcours apparaît désormais souhaitable. Elle pourrait intégrer une comparaison standardisée des hospitalisations avant et après l’instauration de la dialyse péritonéale, l’évolution de la classe fonctionnelle NYHA, de la fonction rénale et des paramètres de congestion, une mesure validée de la qualité de vie, ainsi qu’un recueil standardisé des complications. Une étude multicentrique permettrait également d’évaluer la reproductibilité de cette stratégie et de mieux préciser la place de la dialyse péritonéale dans la prise en charge contemporaine de l’insuffisance cardiaque réfractaire.</p></sec></sec><sec><title>Conclusion</title><p>La dialyse péritonéale constitue une option thérapeutique à considérer chez des patients soigneusement sélectionnés présentant une insuffisance cardiaque réfractaire associée à une insuffisance rénale chronique avancée, notamment lorsque la congestion persiste malgré un traitement médical optimisé.</p><p>Dans notre série de onze patients, son utilisation s’est accompagnée d’une amélioration des signes congestifs et/ou du statut fonctionnel chez la majorité des patients et d’un faible nombre d’hospitalisations pour décompensation cardiaque au cours du suivi. Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence compte tenu du caractère rétrospectif, monocentrique et non contrôlé de notre étude.</p><p>Notre expérience a conduit à formaliser un parcours de soins cardio–néphro–gériatrique ainsi qu’une stratégie thérapeutique graduée, reposant sur l’adaptation des modalités de dialyse péritonéale à l’évolution de la congestion et de la fonction rénale, avec recours à des stratégies complémentaires lorsque nécessaire. Cette approche souligne l’importance d’une collaboration étroite entre cardiologues et néphrologues et d’une prise en charge individualisée de ces patients complexes.</p><p>Une évaluation prospective et multicentrique, intégrant des critères standardisés d’hospitalisation, de qualité de vie, de fonction rénale et de complications, est nécessaire pour mieux préciser la place de cette stratégie dans la prise en charge contemporaine de l’insuffisance cardiaque réfractaire.</p></sec><sec><title>Déclarations</title><sec><title>Consentement éclairé.</title><p>Ces observations ont été décrites rétrospectivement à partir des dossiers d’hospitalisation des patients, après leur sortie ou leur décès. Les données ont été traitées de manière strictement anonymisée. Aucun consentement écrit spécifique à cette étude rétrospective n’avait été recueilli.</p></sec><sec><title>Déclaration éthique.</title><p>Cette étude a été conduite conformément aux principes de la Déclaration d’Helsinki. L’identité des patients a été anonymisée. Les données rétrospectives ont été analysées de manière globale, sans possibilité d’identification individuelle. Conformément à la réglementation locale applicable à ce travail rétrospectif sur données anonymisées, le recours à un comité d’éthique n’était pas requis.</p></sec><sec><title>Financement.</title><p>Les auteurs déclarent n’avoir reçu aucun financement direct ou indirect pour la réalisation de ce travail.</p></sec><sec><title>Rôle des auteurs.</title><p>IG : conception de l’étude, recueil et analyse des données, rédaction du manuscrit. NF et VC : prise en charge des patients et recueil des données. MA et ZB : supervision et relecture critique. Tous les auteurs ont lu et approuvé la version finale du manuscrit.</p></sec><sec><title>Déclaration d’intérêts.</title><p>Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec ce travail.</p><p>Disponibilité des données. Ce travail est établi à partir de données issues des dossiers patients conservés par l’établissement. La législation locale n’autorise pas la communication des dossiers individuels.</p></sec><sec><title>Originalité des figures.</title><p>Les figures 1 et 2 sont des créations originales des auteurs et n’ont pas été reprises d’un autre article.</p></sec><sec><title>Utilisation de l’intelligence artificielle.</title><p>Un outil d’intelligence artificielle générative a été utilisé comme assistance rédactionnelle pour la reformulation linguistique, la structuration du manuscrit et l’amélioration de sa lisibilité. Le contenu scientifique, l’analyse des données, leur interprétation, la vérification des références et la validation finale du manuscrit relèvent exclusivement des auteurs.</p></sec></sec></body><back><ref-list><title>References</title><ref id="BIBR-1"><element-citation publication-type="journal"><article-title>Focused Update of the 2021 ESC Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure</article-title><source>Eur Heart J</source><volume>2023;44(37):3627–3639</volume><person-group person-group-type="author"><name><surname>McDonagh</surname><given-names>T.A.</given-names></name><name><surname>Metra</surname><given-names>M.</given-names></name><name><surname>Adamo</surname><given-names>M.</given-names></name><etal/></person-group><year>2023</year><pub-id pub-id-type="doi">10.1093/eurheartj/ehad195</pub-id></element-citation></ref><ref id="BIBR-2"><element-citation publication-type="journal"><article-title>Cardiorenal syndrome</article-title><source>J Am 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